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L’EPR dans le monde : pas encore en service mais déjà convoité…

Nonobstant l’existence de politique énergétique mondiale, ni même européenne, force est de constater qu’en matière de production électrique, le virage est déjà amorcé avec le recours grandissant aux énergies décarbonées. La puissance nucléaire mondiale installée devrait ainsi atteindre 360GW en 2020 contre 320GW aujourd’hui, selon l’AIE. Autant dire que pour la filière nucléaire, la course contre la montre a bel et bien commencé. Une partie qui se joue sur les réacteurs EPR de troisième génération qui, en plus d’un meilleur respect de l’environnement, doivent garantir toujours plus de sûreté.

Pour la France qui s’y prépare depuis 25 ans, l’enjeu est de taille : la viabilité économique de sa technologie EPR (European Pressurized Water Reactor) dépend de son exportation.

L’EPR, une technologie sûre et durable mais aussi performante


Conçu dans les années 90 pour améliorer la sûreté et la rentabilité économique des centrales nucléaires, l’EPR repose sur le même principe de fission et de pressurisation que les réacteurs actuels.

Pour répondre aux nouveaux critères de l’Autorité de sûreté nationale (ASN), l’EPR troisième génération d’EDF et d’Orano s’est doté de quatre systèmes de sûreté redondants, ainsi que d’une épaisse enveloppe de confinement en béton. En outre, la salle des commandes est entièrement informatisée pour une meilleure remontée des informations. Dans le pire des scénarios catastrophes, l’EPR serait en mesure de résister à la chute d’un avion de ligne ou de doubler le système de refroidissement d’urgence sans rien laisser échapper. C’est que la cause environnementale est au cœur de cette technologie. La diminution de consommation de combustible permettra même de réduire la production de déchets radioactifs de 30%.

Des réacteurs plus sûrs et plus écologiques donc, mais aussi plus performants. Leur production passera en effet de 1.400 à 1.650 MW et leur taux de disponibilité à 91% (soit entre 5 et 10 points de plus qu’aujourd’hui) grâce à la diminution des périodes d’arrêt pour le rechargement du combustible. Enfin, leur durée de vie passera de quarante à soixante ans.


2019, l’année des premières mises en service


Les premiers réacteurs EPR seront finalement opérationnels en 2019.

Avec une dizaine d’années de retard et un surcoût de plusieurs milliards de dollars, la Finlande aura fait les frais d’accueillir la technologie avant même qu’EDF n’en décide la construction sur le site de Flamanville dans la Manche. En mars 2018, Areva-Siemens et l’exploitant TVO ont enfin trouvé un accord. Le réacteur Olkiluto 3 (OL3) sera mis en service en mai 2019. Il marquera alors le renouveau nucléaire finlandais. A lui seul, OL3 couvrira 15% des besoins annuels du pays. S’en suivra la mise en service d’un 6ème réacteur - cette fois d’origine russe - qui portera à 60% la production électrique finlandaise d’origine nucléaire (40% actuellement, déjà devant les énergies propres et les énergies fossiles). Helsinki qui vient de décider l’interdiction du charbon au-delà de 2029 envisage même y recourir pour son réseau de chauffage urbain.

Avec cinq années de retard, Flamanville sera également mis en service l’année prochaine. Les essais « à froid » qui se sont déroulés en début d’année ont permis de tester avec succès l’étanchéité du circuit primaire principal, ainsi que les modes de pilotage depuis la salle de commandes. Les essais « à chaud » s’en suivront cet été pour une mise en service fin 2019.

En Chine, où EDF a deux réacteurs en construction sur les 19 en chantier, le chargement du combustible de la première unité a commencé en avril 2018 à la centrale de Taishan. La deuxième unité devrait quant à elle entamer prochainement les phases d’essai pour un raccordement au réseau toujours l’année prochaine.

Un marché mondial de l’EPR tiré par l’Inde


2019 marquera donc une étape décisive qui permettra à Flamanville de s’imposer comme la vitrine dont EDF a besoin pour faire face à ses compétiteurs : Rosatom (Russie), General Electric (Etats-Unis) et Westinghouse/Toshiba (Japonais), dans un contexte où les grandes puissances démographiques et économiques cherchent à s’émanciper.

En Inde, où 200 à 300 millions d’habitants n’ont pas encore l’électricité, l’objectif de porter à 40% la part des énergies non fossiles dans la production d’électricité d’ici 2030 constitue une opportunité unique pour l’ensemble de la filière nucléaire mondiale. New Dehli qui négocie déjà avec la Russie, les Etats-Unis et le Japon devrait signer d’ici la fin de l’année un accord définitif avec la France pour la construction de six réacteurs nucléaires de troisième génération EPR à Jaitapur dans l’ouest du pays, dans la continuité du protocole de coopération de 2016. Il s’agirait alors du plus gros site de production nucléaire au monde. EDF serait en charge de l’ingénierie, de la fourniture d’équipements et de la coordination alors que la Nuclear Power Corportion of India prendrait toute la responsabilité des chantiers.

En Arabie Saoudite dont l’ambition nucléaire remonte à 2011, EDF compte sur la mise en service de quatre réacteurs (16 sont programmés au total d’ici à 2030 pour un investissement total de 100 milliards de dollars) pour une capacité de 17.000 MGW. L’Arabie Saoudite deviendrait alors le 2ème pays arabe à opter pour le nucléaire.

Enfin, au Royaume-Uni, le groupe français s’est déjà positionné avec le chantier d’Hinkley Point, commencé en 2017. Le groupe français n’a toutefois pas attendu sa mise en service prévue d’ici une dizaine d’année pour entamer des négociations pour deux nouveaux réacteurs à Sizewell dans l’est de l’Angleterre où deux centrales sont déjà en activité.

Souvent critiqué notamment pour ses retards dans les chantiers, l’EPR gagne toutefois du terrain et attire les convoitises des plus grandes puissances démographiques, mais pas seulement.

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