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Fessenheim : une fermeture, et après ?

Si la visite de Stéphane Lecornu à Fessenheim a définitivement acté la fermeture de la centrale nucléaire, le secrétaire d'État à la Transition écologique s’est voulu rassurant sur la question de l’emploi. L’avenir de la région devrait passer par le démantèlement des réacteurs et la reconversion du site.

 

« Je ne viens pas avec un chèque, mais je ne viens pas les mains vides », a annoncé Stéphane Lecornu lors de sa visite de trois jours dans le Haut-Rhin. À Fessenheim, l'envoyé de Nicolas Hulot a confirmé l'arrêt de la centrale nucléaire entre fin 2018 et courant 2019. Lors d'une réunion à Colmar avec les élus locaux, les services de l'État, les représentants d'EDF, des associations de protection de l'environnement, des acteurs économiques français et allemands, des organismes de formation ainsi que des syndicats, le secrétaire d'État à la transition écologique a également installé un comité de pilotage sur la reconversion du site, qu'il reviendra présider les 12 et 13 avril prochains. « La centrale fermera, j'assume cette décision, a-t-il déclaré. [...] Il s'agit de construire un projet pour le territoire qui soit exemplaire».

40 ans après leur mise en service le 1er janvier 1978, les deux plus anciens réacteurs français entrent donc dans leurs derniers mois de fonctionnement. D'une capacité de 900 MW chacun, ils produisaient l'équivalent de 65 % de l'électricité consommée en Alsace. L’arrêt du site de Fessenheim doit coïncider avec le démarrage de l'EPR de Flamanville (Manche), le troisième réacteur de la centrale normande gérée par EDF, prévu entre fin 2018 et l'été 2019.

Si l'approvisionnement en électricité dans la région n'est pas menacé « même dans les cas extrêmes » selon RTE (Réseau de transport d'électricité), la question de l’emploi est sur la table. A commencer par le reclassement des employés de la centrale. Sébastien Lecornu s’est voulu rassurant en affirmant que les 750 salariés EDF seront « tous reclassés ».

Enjeux économiques et humains du démantèlement

Sachant que l’abandon pur et simple de la centrale n’est pas considéré comme une solution acceptable par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) au regard des risques encourus pour l’environnement, la piste la plus prometteuse de reconversion serait de créer à Fessenheim un laboratoire du démantèlement nucléaire. Car, qui dit démantèlement dit arrêt définitif de l’exploitation, déchargement du combustible, inventaire des équipements, destruction des bâtiments, confinement, conditionnement puis évacuation des déchets radioactifs… Ce processus de démantèlement pourrait ainsi s’étaler sur une vingtaine d’années. Coût de l’opération : 600 millions d’euros (300 millions estimés par réacteur).

Et côté démantèlement, l’expertise d’EDF n’est plus à démontrer. L’électricien s’est en effet doté d’une unité de 600 salariés en charge de la déconstruction, le CIDEN (Centre d’Ingénierie Déconstruction Environnement). Elle assure la maîtrise d'ouvrage de toutes les opérations liées au démantèlement des centrales françaises. Comme dans les Ardennes avec la déconstruction du réacteur de Chooz A (305 MW). Contrôlé et validé par l’Autorité de Sûreté Nucléaire, son démantèlement a constitué un chantier pilote en France entre 1999 et 2012. Au total, Chooz A fait partie des neuf réacteurs mis à l’arrêt et en cours de déconstruction. Fessenheim pourrait ainsi entrer dans cette liste dès 2019.

Un projet de réindustrialisation aux contours encore flous

Au-delà du démantèlement, le ministre Sébastien Lecornu va donc désormais, au côté des collectivités, syndicats et associations se pencher sur la question de la reconversion du site. Quelques pistes ont déjà été évoquées pour tourner la page de l'atome : création d'une zone d'activité artisanale, de stockage de l'énergie ou de biotechs. Pour l'État, tout l'enjeu consiste à établir les conditions de la transition économique du territoire, sur lequel la centrale de Fessenheim jouait un rôle majeur. Stéphane Lecornu a lui-même annoncé une série de pistes, comme l'ouverture d'un appel d'offres dans la filière photovoltaïque. Citant l'engagement d'Emmanuel Macron à « construire un projet d'avenir pour le territoire qui soit exemplaire », le secrétaire d'État a indiqué vouloir favoriser le renouveau économique dans une zone allant de Colmar à Fribourg en Allemagne grâce, notamment, à une « harmonisation des conditions fiscales et réglementaires » entre les deux pays. « Si l'Alsace a connu un développement avec l'énergie nucléaire, elle doit aussi connaître le développement avec les énergies renouvelables ». Le possible financement d'une liaison ferroviaire entre les deux villes a également été avancé pour désenclaver le site, renforcer la coopération franco-allemande et profiter ainsi du dynamisme économique du Bade-Würtemberg voisin.

« Les disponibilités foncières du port de Colmar et des réserves financières de la centrale seront exploitées à cette fin, a déclaré Stéphane Lecornu. [...] Le gouvernement ira au-delà des pratiques habituelles et il est prêt à notifier un régime spécial à la Commission européenne».

Souhaitée par les syndicats comme les collectivités pour remplacer au plus vite le vide créé par la fermeture de la centrale, la réindustrialisation du site présente à ce jour des contours encore bien flous. « On est plutôt satisfaits de ce discours, satisfaits du côté direct du ministre, mais pas encore rassurés sur la faisabilité des choses », a confié Jean Rottner, président de la région Grand Est.

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