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Gestion des déchets nucléaires, ça bouge !

Alors que la France continue de s'appuyer sur le nucléaire pour la production de son énergie, la gestion et le stockage de ses déchets les plus radioactifs reste un sujet sensible. Pourquoi ? Parce que les engagements pris aujourd’hui auront une incidence sur le très long terme. Cette fin d’année 2017 a été marquée par la conclusion de trois contrats dans la gestion des déchets nucléaires par New Areva. Lumière sur les principaux acteurs de cette grande chaîne finale de production.

Depuis de nombreuses années, la France cherche à adopter une stratégie énergétique à la fois efficace, rentable, sécurisée et écologique. Ce n'est pas une mince affaire, surtout que l'industrie nucléaire, à l’origine de 75% de notre électricité, reste le point central de tous les enjeux. Car c'est elle qui produit la majorité des déchets radioactifs (près de 60%), d'où l'importance de maîtriser parfaitement sa gestion et son stockage dans des lieux ultra-sécurisés.

2017 a été marqué par la conclusion de contrats en vue de justement mettre en oeuvre le savoir-faire français en matière de gestion des déchets. New Areva, filiale d’Areva spécialisée dans le cycle du combustible,  a conclu trois accords d'une valeur totale de près de 9 millions d'euros pour le traitement et la gestion de déchets radioactifs sur différents sites du CEA (Commissariat à l'énergie atomique).

Le premier concerne le site du CEA situé à Fontenay-aux-Roses et plus particulièrement le traitement des déchets liquides de nature chimique et d’intensité radiologique variées. Le but étant de réduire leur radiotoxicité afin de pouvoir les reconditionner en toute sécurité.
Les deux autres concernent le site de Cadarache. Le premier d’une durée de 5 ans est un renouvellement d’un contrat d’exploitation de la Station de Traitement de Déchets (STD), l’autre vise à maintenir en conditions sûres l’ancienne Station de Traitement des Effluents (STE), un entretien général conduit pour les 40 prochains mois.

Politique de gestion des déchets

En France, la réglementation et le contrôle du nucléaire pour protéger les citoyens, les travailleurs et l'environnement sont assurés par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). À travers son Plan National de Gestion des Matières et des Déchets Radioactifs élaboré en 2006, c'est elle qui dicte la bonne marche à suivre et détermine les objectifs à atteindre.

Que dit-elle sur le sujet ? Aujourd'hui, près de 90% des déchets radioactifs produits en France sont parfaitement stockés en surface sur des sites aménagés pour les abriter comme ceux de La Rochelle, Saint-Laurent-des-Eaux ou Saclay. Les 10 % restants, qui sont les plus complexes à stocker - et notamment ceux appelés HA-VL, déchets de haute-activité à vie-longue -, ne disposent pas de filière de gestion définitive. Ils sont aujourd'hui entreposés dans des installations provisoires en attendant la réalisation du projet Cigéo.

Déchets nucléaires, un traitement technique

Trois voies possibles de stockage des déchets nucléaires sont envisageables: “la séparation et la transmutation des déchets”, “le conditionnement et l’entreposage des déchets” et le “stockage réversible en couche géologique profonde”.

La séparation et la transmutation des déchets consiste dans un premier temps à séparer les combustibles contenus dans les actinides mineurs (un type de déchet nucléaire).  La transmutation intervient ensuite pour transformer les radionucléides, qui sont des atomes radioactifs. Ce procédé vise, dans le cas des radionucléides à longue période radioactive, à les stabiliser ou à écourter leur durée de vie. Toutefois, pour l’IRSN, l’Institut de Radioprotection et de sûreté nucléaire, cette méthode ne constitue pas une alternative au stockage géologique. Des recherches sont toujours menées pour approfondir la technique.

Le conditionnement et l’entreposage des déchets est une autre technique concernant des éléments radioactifs de faible et moyenne activité à vie longue. Le conditionnement consiste à trier les déchets en fonction de leur composition chimique. Les déchets bruts ou solides vont être mis dans une enveloppe métallique, sous forme de colis. A ce jour, des solutions de traitements efficaces existent, dans l’Aube et dans la Manche. Elles concernent des déchets de très faible activité (TFA), et les déchets de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-CV). La Hague, Marcoule et Cadarache sont trois sites traitant les déchets les plus radioactifs, en attente d’une solution pérenne.

Cigéo et les déchets ultimes

Les enjeux de la gestion des déchets de moyenne activité à vie longue (MA-VL) et des déchets de haute activité (HA-VL) issus du retraitement des combustibles nucléaires usés sont nombreux : à la fois environnemental (éviter de faire payer un lourd tribut aux futures générations), mais également politique, technique, scientifique et financier. Pour une gestion sûre et durable, l’option à l’étude depuis plus de 25 ans a été de trouver un lieu adapté au stockage réversible en couche géologique profonde. Ce lieu existe : il est situé à Bure (Meuse/Haute-Marne).

C'est là-bas que le projet Cigéo, porté par l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), doit être finalisé. Il vise à abriter, à 500 mètres sous terre, près de 10 000 m3 de déchets HA et 75 000 m3 de déchets MA-VL (c’est-à-dire l’ensemble des déchets déjà produits et à produire par le parc nucléaire) pour une durée de vie estimée à 100 000 ans.  Ces déchets représentent actuellement près de 4% du total des déchets nucléaires en France. Placés dans un réceptacle étanche dans un sous-sol composé d’argile, ils sont isolés du reste de l’environnement. Cette solution réversible – c’est-à-dire qu’elle peut être remise en cause par les futures générations si elles décidaient de changer de stratégie sur la gestion des déchets – doit coûter près de 25 milliards d’euros. Même si les opposants au projet continuent à faire entendre leur opinion défavorable en la matière, Cigéo devrait entrer en fonction dès 2030.

Les acteurs-clés de la gestion des déchets

Mais quels sont les principaux acteurs de cette superproduction à fort enjeu ? L’Andra a la lourde tâche de la gestion à long terme des déchets radioactifs. Quant à l’ASN, l’Autorité de sûreté nucléaire, elle joue un rôle-phare en veillant à ce que chaque prestataire prenne ses responsabilités, c’est-à-dire qu’ EDF, AREVA, le CEA mais également les hôpitaux ou les centres de recherche qui sont des "petits producteurs" de déchets nucléaires soient vigilants à leurs égards. Chacun d'entre eux doit savoir assurer leur production, leur transport jusqu'au centre, leur entreposage et leur stockage.

D'autres entreprises interviennent sur la gestion des déchets. Il s'agit des transporteurs propres à AREVA (TN International et LMC...), des prestataires de traitement, d'entreposage et de stockage comme SOCODEI, filiale d’EDF ou CEA, ou encore les organismes en charge de la recherche et du développement.

Un système de prorata a été mis en place pour gérer le financement de la gestion des déchets. L’Andra conclue avec chacun un contrat, en fonction de la quantité de déchets produits. En outre, chacun est soumis au financement des recherches sur la gestion des déchets. Une taxe est prélevée sur les Installations nucléaires de base françaises (INB) depuis 2006. Les acteurs peuvent aussi créer des actifs dédiés à ce budget de recherche et développement. D’un coût global de plusieurs dizaines de milliards d’euros pour le démantèlement des installations et la gestion des déchets, l’enjeu derrière ce partage des frais reste essentiel.

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